Un certain regard.

Des encouragements sur la piste à Athletic Cœur de Fond

L’art d’encourager un collègue sportif en plein effort est plus subtil qu’on ne croit. A cet égard, les entraînements d’ACF offrent un champ d’observation privilégié. Au moins 4 grandes catégories d’encouragements peuvent être distinguées. Saurez-vous en identifier d’autres?

1. Encouragements sportifs

C’est la forme d’encouragement la plus fréquente. A votre passage, des voix familières crient votre prénom. Emerveillé par des capacités pulmonaires que vous ne soupçonniez pas chez vos amis, vous bénéficiez par la même occasion de l’énergie qu’ils vous communiquent. La cohésion du groupe s’en trouve renforcée. Cette manière d’encourager, bon enfant et efficace, risquerait cependant de devenir monotone si d’autres procédés ne la relayaient pas de temps à autre.

2. Encouragements compassionnels

Je me souviens d’un certain vendredi soir, lorsqu’un coach d’ACF, adepte de l’effort juste et néanmoins exigeant, soumit ses coureurs d’élite à un 5×4000 à 105% entrecoupé de 1000 de récup à 95%. Voyant passer ces athlètes à l’abnégation méritoire, je m’écrie « oh, les pauvres! », ce à quoi un coureur ami me répond que « ça ne les aide pas ». Il est vrai qu’au km 35 du marathon, lorsque, de la pierre, vos jambes ont à la fois la lourdeur et la dureté, le chacun pour soi prend quelque peu le dessus sur tout autre état d’esprit. A la vision des concurrents qui boîtent ou qui, perclus de crampes, grimacent de douleur, votre esprit charitable se limite à détourner promptement la tête afin de préserver le peu de ressources mentales qui vous restent. Même inappropriée, la compassion est pourtant un sentiment à entretenir, car elle distingue le coureur humain de la bête de course.

3. Encouragements coquins.

Le mental au taquet et la jambe décidée, vous enchaînez les tours de piste. Soudain, un coureur arrive derrière vous et vous susurre le prénom d’une personne pour qui il vous suppose une certaine tendresse. Fier de sa malice, il vous double ensuite, en simulant des battements d’ailes avec ses bras. Cette forme d’encouragement vous apporte un soupçon de légèreté qui ne nuit pas à votre mental. Une vague d’impression d’être nargué peut également vous être profitable du moment qu’en vous titillant, elle vous donne un supplément d’énergie.

4. Encouragements lubriques

Il s’agit d’une variante radicale de la forme d’encouragements précédemment décrite. Alors que vous peinez quelque peu à tenir la distance lors d’un fractionné long, le même coureur facétieux est posté en embuscade au bout de la ligne. Vous devinez à l’attention suspecte qu’il vous porte et à son air fripon, qu’il fomente un mauvais coup. Ce qui s’ensuit dépasse néanmoins toutes vos appréhensions. Alors que vous passez, il vous crie de véritables horreurs. Des images de film X surgissent dans votre esprit tendu vers l’acte de courir. Un mélange des genres aussi incongru vous fait instantanément éclater de rire, et vous faites n’importe quoi jusqu’à la fin de la séance. Bien que provoquant une hilarité peu compatible avec la performance sportive, cette manière d’encourager vous aura fait vivre un entraînement que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Et, de toute façon, la fatigue de l’effort vous aurait empêché de profiter d’une certaine récompense charnelle que votre farceur vous avait fait miroiter.