Peut-on faire de l’athlétisme quand on est obèse?

Une collègue de travail, Marielle, m’a dit récemment: « Hier soir, j’ai lu ton livre « Cœur de Fond » d’une seule traite, bravo ! J’ai appris plein de choses… Cependant, je suis déçue car je n’ai pas vu de réponse à un sujet qui me préoccupe, l’obésité. Peut-on faire de l’athlétisme quand on est obèse ? ».
Aucun athlète d’ACF n’est obèse mais cette question pourrait concerner l’un de vos proches.

Tel sera donc le sujet de cette tribune rédigée sous deux réserves.

1) Comme rappelé dans le livre, pré-cité, je ne suis pas médecin or une question de cette nature doit interpeller, en premier lieu, un médecin, qui doit s’assurer que cette pratique de l’athlétisme n’est pas contre-indiquée.

2) Le principe de cette tribune est de ne traiter que des sujets maîtrisés de manière théorique et expérimentale. Ce qui n’est pas le cas, en la circonstance. J’ai déjà entraîné des athlètes en surcharge pondérale, mais jamais des obèses.
Pour cette contribution, je me suis donc attaché à étudier la littérature* traitant de cette question en en déduisant quelques principes consensuels pour les spécialistes.

1) Rapport direct entre l’entraînement et le poids.
Il existe une relation entre la consommation maximale d’oxygène, la quantité d’entraînement et la masse grasse chez les coureurs de fond. Les meilleurs marathoniens, qui courent entre 80 et 120 km par semaine, ont une masse grasse qui se situe entre 9 et 7 % de la masse corporelle totale. La masse grasse augmente significativement chez les sportifs, même de haut niveau, pratiquant des sports où la dépense énergétique totale est moindre que dans les sports d’endurance. Par ailleurs l’entraînement accroît la masse maigre, la contraction musculaire stimule les synthèses protéiques. Ce phénomène résulte en grande partie des réponses hormonales à l’entraînement physique telles que l’augmentation des taux circulants d’hormones de croissance et l’augmentation de la sensibilité à l’insuline.

2) Un obèse perd-il du poids en faisant du sport?
La pratique sportive de loisir est en moyenne de 2 à 3 séances par semaine, si nous prenons pour exemple celui d’un sujet réalisant 3 séances de course à pied de 10 km à 10 km/h : la dépense sera entre 600 et 800 kcal par séance selon le poids du sujet, ce qui représente une dépense entre 1 800 et 2 400 kcal par semaine. Les dépenses énergétiques que l’on peut raisonnablement provoquer chez un obèse par l’exercice musculaire sont encore moindres. Elles ne peuvent guère dépasser 1 500 kcal par semaine.

La plupart de ces études utilisent des programmes s’échelonnant de 7 à 22 semaines d’entraînement. Le pourcentage de graisses corporelles est en moyenne seulement réduit de 1 à 2 % et le poids de 3 à 7 kg. Une étude soumettant huit obèses importants, d’un poids moyen de 112 kg à 6 mois d’entraînement physique n’a pas mis en évidence de réduction de poids. Ces données suggèrent que les effets de l’entraînement diffèrent selon la taille initiale du tissu adipeux. L’hyperplasie des adipocytes serait un facteur de résistance à la réduction de la masse grasse sous l’effet de l’entraînement. Cet effet très faible de l’entraînement physique seul sur le traitement de l’obésité, a conduit à associer l’entraînement physique et le régime hypocalorique : l’effet cumulatif de ces deux moyens est efficace.

3) Autre intérêt du sport pour un obèse:
3-1 Le phénomène de maintien de la masse protéique s’exerce principalement au niveau des groupes musculaires stimulés par l’activité. Dans la plupart des protocoles concernant l’obésité, les muscles impliqués dans la locomotion sont mis en jeu. Le maintien ou l’amélioration de leurs fonctions améliore l’autonomie des obèses.
3-2 L’autre effet positif concerne les pathologies associées à l’obésité. Cela concerne en particulier le diabète de type 2 (non insulino-dépendant), le cholestérol et la diminution significative les triglycérides circulants.

4) Comment commencer l’entrainement?
Avant toute chose, l’entraîneur devra dialoguer avec l’athlète pour le conseiller en matière d’équipement :
– chaussure de jogging
– soutien-gorge de compétition pour les femmes
– prise en compte de données plus personnelles
– etc.

Comme face à un débutant, l’entraîneur observera l’athlète sur une piste pour en déduire un certain nombre de paramètres concernant :
– l’allure générale
– la qualité des appuis

Les premiers programmes d’entraînement seront très allégés :
– marche lente
– marche plus rapide
– marche lente en dénivelé
– marche plus rapide en dénivelé
– jogging par séquences très courtes
– jogging par séquences rallongées
– jogging par léger changement de rythme
– etc.

Tout ce processus très graduel s’accompagnera de conseils sur:
– la respiration
– la fréquence cardiaque (un cardio est très utile pour la mesurer)
– etc.

5) Entraînement à terme:
La réalisation des programmes d’entraînement dépend de l’évolution générale du sujet. Le choix d’entraînement et son niveau doivent dépendre de l’aptitude initiale.
A terme, un exercice d’une durée de 30 à 45 minutes, 3 fois par semaine est en moyenne le plus adapté à des sujets porteurs d’une importante surcharge pondérale.
Ensuite, la qualité de l’entraînement peut continuer à s’adapter et se diversifier : pratique des escaliers, entraînements croisés (vélo), etc.

6) En conclusion:
L’athlétisme est une pratique sportive possible pour les sujets obèses sous réserve d’une adaptation de l’entraînement.

Par exemple, les risques traumatiques liés aux activités physiques sont majorés par la surcharge pondérale. Des précautions particulières sont à prendre au début d’entraînement pour éviter les lésions musculaires et tendineuses.

7) Un témoignage pour terminer:
J’ai pris connaissance de ce témoignage anonyme sur un blog:

Bonjour,
J’étais obèse, mais avec une neuropathie non diagnostiquée à l’époque, en plus. J’avais du mal à courir, je perdais l’équilibre et je tombais souvent. L’heure de sport était ma hantise pendant toute ma scolarité, sauf en CM2, grâce à une prof de sport extraordinaire.
Là où j’avais toujours eu des notes désolantes, elle me mettait des 16, 17…
Un jour, j’ai fini par lui poser la question. Je voyais bien que mes performances étaient loin de mériter ces notes.

Elle m’a répondu : « Je ne note pas seulement tes résultats. Je note ta motivation. Tu ne refuses jamais de faire une course alors que tu sais que tu vas perdre. Tu fais tous les exercices, comme tout le monde, en faisant de ton mieux. Ta note récompense tes efforts ».

* En particulier Sport et obésité – Association Autrement www.anorexie-et-boulimie.fr/articles-241-sport-et-obesite.htm, comment faire avec un enfant obèse en athlétisme ? – E.P.S … forums-enseignants-du-primaire.com, Le gène du sport: La science explore les performances… https://books.google.fr/books?isbn=9791093463094

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