« J’ai lu sur Internet tel type d’information sur le jogging, qu’en pensez-vous ? »

Régulièrement, les entraîneurs sont interrogés par des athlètes de la manière suivante.

« J’ai lu sur Internet tel type d’information sur le jogging, qu’en pensez-vous ? »

Il est difficile de répondre d’autant que, dans bien des cas, on peut s’interroger sur la fiabilité de la source.

I – Introduction

L’objet de cette tribune est d’inciter les athlètes d’ACF à adopter un esprit critique devant toute communication sur Internet, afin de différencier rapidement un article superficiel, décousu ou racoleur d’une contribution construite et rigoureuse.

Comment faire ?

II – Un exemple

Prenons un exemple récent (je présente délibérément un article d’une revue non sportive pour ne pas laisser supposer que la critique est dirigée contre un type de revue en particulier). J’ai choisie un article paru dans Madame le Figaro. Il a pour titre « Combien de temps dois-je courir pour maigrir ? »

http://madame.lefigaro.fr/bien-etre/combien-de-temps-deffort-pour-que-le-sport-devienne-efficace-200115-93885

Voici l’article in extenso

La question taraude toutes celles et tous ceux qui s’adonnent au running pour affiner leur silhouette : au bout de combien de temps commence-t-on à brûler le gras ? Vingt minutes, comme le dit Monique ? Ou quarante minutes, comme le jure Martine ?

Ce débat autour du timing existe depuis longtemps. Pour le coach sportif Romain Moreau, ce mythe des quarante minutes date d’une trentaine d’années : « Cela remonte à la courbe de Howald, qui assure que le corps puise majoritairement dans les graisses seulement après ce délai. » Selon le professionnel, le discours n’est pas complètement faux. Mais il convient de le modérer et de l’actualiser : « Les études montrent que l’on mobilise les graisses dans le sang dès les premières minutes. Et c’est au bout d’un quart d’heure que l’on attaque les graisses de réserve, dans les adipocytes, corrige le coach. Bien sûr, plus le temps passe et plus on brûle de graisses, mais les quarante minutes ne constituent pas un cap significatif. »

L’intensité, clé de l’efficacité

Attention, la durée compte, mais pas seulement ! René Gradel, coach sportif et spécialiste en boxe, l’assure : l’effort intense permet de brûler plus de graisses. Et qui dit intensité en running dit fractionné : « On alterne efforts intenses sur une courte durée avec des périodes de récupération. On dépense ainsi plus d’énergie. Le corps commence par puiser dans les sucres et, une fois ces derniers épuisés, il brûle des graisses. »

La méthode assure une dépense de calories plus importante pendant l’effort et permet surtout de continuer d’éliminer après le running : « L’effort intense sollicite davantage les muscles et entretient la masse musculaire. Plus celle-ci est développée, plus on brûle les calories à moyen et à long termes », explique Romain Moreau. En pratique, pendant notre jogging, on alterne quinze secondes de sprint et trois à six minutes de récupération, de marche ou de course à une vitesse plus lente.

Autre clé du succès : la régularité. « Si on ne fait le ménage chez soi qu’une fois par mois, la tâche nous demandera beaucoup plus de temps que si l’on nettoie une à deux fois par semaine. Pareil pour le corps. Courir quarante minutes une fois par mois n’a aucun intérêt. Le corps brûlera les sucres et les graisses pendant la séance, mais il reprendra ses habitudes et recommencera à stocker dès le lendemain », avertit René Gradel.

Je cours à quel rythme ?

Équation finale : pour affiner sa silhouette et perdre du poids, les deux coachs s’accordent sur un rythme de deux à trois séances de jogging par semaine, couplées à une alimentation saine. En ce qui concerne le timing, les débutants peuvent commencer par un jogging par semaine, avec dix minutes de fractionné (une minute allure rapide/une minute allure lente, et ce 5 fois de suite). Et, pour éviter de stagner, on augmente la cadence petit à petit.

Si certaines préfèrent la marche à la course, mieux vaut qu’elle soit rapide : « Si toute activité physique est bonne à prendre pour perdre du poids, la marche reste moins efficace que la course. Pour qu’elle soit productive, il faut qu’elle soit intense. Autrement dit que nous marchions assez vite pour que notre fréquence cardiaque soit proche du maximum », précise Romain Moreau.

III – Quelques remarques immédiates :

1) La question préliminaire est imprécise « au bout de combien de temps commence-t-on à brûler le gras ? »

S’agit-il d’une course rapide ?

S’agit-il d’une course lente ?

Cela concerne-t-il un débutant ?

Cela concerné-t-il un athlète entrainé ?

Sachant que le métabolisme énergétique est différent dans ces quatre circonstances.

2) Le coach sportif Romain Moreau affirme que « ce mythe des quarante minutes date d’une trentaine d’années : cela remonte à la courbe de Howald ».

La courbe de Howald n’exprime pas cela. Elle montre que le choix d’une filière par l’organisme est dicté par l’intensité de l’effort. Cependant, les trois filières ne sont pas indépendantes mais sont utilisées dans des proportions différentes selon le type d’effort.

De fait, définir cette notion de temps où on commence à brûler le « gras » sans tenir compte de la vitesse n’a aucun sens.

3) Sur qui s’appui l’auteur de l’article, Ophélie Ostermann, (en rien spécialiste en athlétisme) pour tenir ses propos ?

Successivement :

– Romain Moreau, coach sportif et diététique sur Paris. Web coaching à distance.

– Le « professionnel », personnage virtuel souvent utilisé dans le media pour confirmer artificiellement une démonstration ?

– René Gradel, coach sportif et spécialiste en boxe

4) La conclusion de l’article ne répond pas à la question du titre.

5) Comment interpréter la phase finale : « Pour qu’elle soit productive, il faut qu’elle (la marche) soit intense. Autrement dit que nous marchions assez vite pour que notre fréquence cardiaque soit proche du maximum » ?

Ce qui laisserait sous entendre qu’on peut atteindre sa fréquence maximale en marchant vite ?

Malheureusement, ce genre d’article « discutable » n’a rien d’exceptionnel sur le web, y compris dans certains blogs de «spécialistes ».

Il est pourtant essentiel d’éviter d’intégrer de fausses informations à notre pratique sportive.  Pour cela, il existe plusieurs grilles de lecture établissant des critères stricts afin de faciliter l’évaluation des contributions dans le domaine sportif.

 

IV – Critères d’analyse

1) L’information est-elle communiquée par l’auteur, lui-même, ou bien par un journaliste non spécialiste du domaine ?

2) Est-ce que l’auteur ou l’organisme est reconnu dans ce domaine ?

3) Est-ce que l’information est fiable, c’est à dire que les données rapportées sont vérifiables et les sources sont citées?

4) La contribution est-elle structurée logiquement, avec l’énoncé d’une problématique, une approche conceptuelle, une validation expérimentale complète et rigoureuse et une conclusion ?

5) L’information est-elle novatrice ou franchement redondante, comme environ un tiers des documents qui circulent sur Internet ?

6) Est-ce que tous les aspects du sujet sont couverts et à quel niveau de détails?

7) Est-ce que l’information est réellement libre ? Ou n’est-elle destinée qu’à faire vendre du matériel, des tenues, des stages ou des produits ?

8) Si le sujet est controversé, mentionne-t-il la diversité des opinions ?

9) Dans son approche, est-ce que l’auteur est raisonnable et pondéré ou bien sectaire et donneur de leçons ?

10) Etc.

V – Conclusion

Bref, afin d’en tirer des enseignements utiles, il est important que chaque athlète adopte un esprit critique devant le flot d’articles à disposition sur le Web. Comme le disait Umberto Eco : « l’éducation a pour but d’apprendre l’art du filtrage ».

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