Courir, c’est le pied !

Courir, c’est le pied !
Comme vous l’avez certainement constaté, cette rubrique hebdomadaire n’est pas dirigiste. A l’exception des questions de sécurité, elle ne procède pas de l’énoncé de principes : « Faites ceci et ne faites pas cela ! ». Il s’agit plutôt de responsabiliser chaque athlète, en faisant la part des choses par rapport aux diverses réponses qui s’offrent à tout type de problème.
Cette démarche s’applique parfaitement aux problématiques concernant les pieds des athlètes, qui sont infiniment plus complexe qu’on pourrait l’imaginer à priori.
 
Cette semaine, nous nous emploierons à donner quelques pistes pour résoudre tout type de problèmes posé par ses pieds.
 
Premièrement, prendre la mesure de la complexité de son architecture.
Ce membre comprend 26 os, 20 muscles, 16 articulations et 107 ligaments.
 
Deuxièmement, prendre la mesure de sa forte sollicitation lors d’un jogging et a fortiori lors d’une compétition longue.
Avec une foulée moyenne de moins d’un mètre pour les amateurs, un marathonien réalise 50 000 foulées pour un marathon. Ce qui fait que chaque pied est sollicité 25 000 fois. A chaque contact au sol le pied absorbe entre 3 et 5 fois le poids du coureur. Une estimation classique révèle que, pour un coureur de 70 kg ayant une foulée de 1 m, chaque pied encaisse entre 4400 à 7300 tonnes sur un marathon.

 

Troisièmement, les déformations de pied (l’un ou les deux) sont très fréquentes.
Il y a les 4 plus connues :

–       – Pronateur (35 à 40% des athlètes) : l’attaque se fait sur le bord interne du talon avec un déroulé du pied sur le bord interne jusqu’au gros orteil. L’usure de la chaussure est interne.

–       – Supinateur (10 à 15%) : l’attaque se fait sur le bord externe du talon avec un déroulé sur le bord externe du pied jusqu’au 4eme et 5eme métatarsien. L’usure de la chaussure est externe.

–      –  Les pieds plats.

–       – Les pieds creux.

Mais il y en a bien d’autres : pieds équins, pieds calcaneus, pieds adductus, multiples déformations isolées de l’avant-pied, etc.

Est-ce qu’une déformation du pied engendre automatiquement un problème dans la course à pied ?

Non ! A quelques exceptions près comme, par exemple, les pieds très creux, le corps a appris à compenser les déformations du pied. On peut par exemple courir toute sa vie avec les pieds plats sans problèmes. En d’autres termes, courir avec une déformation des pieds n’engendre pas automatiquement de risque pathologique.

 

Que faire quand un problème se pose directement ou indirectement engendré par les pieds ?

En premier lieu, éliminer les causes externes !

Par exemple :

– changer des chaussures trop usées

– changer des chaussures inadaptées

– tenter éventuellement de courir pieds nus ou en chaussures minimalistes 

Lorsque l’on pratique la course pieds nus, le pied s’adapte à la surface sur laquelle on court. Cette faculté d’adaptation du pied permet d’éviter les traumatismes des membres inférieurs et de la colonne vertébrale. En recueillant une information, le pied l’amortit et permet une adaptation de tout le corps.

Cependant courir pieds nus ou en chaussures minimalistes nécessite une longue période de transition au risque de pathologie supplémentaires comme les tendinites * (c’est ce qui est déjà arrivé à un athlète d’ACF).

En second lieu, changer les causes liées à une mauvaise pratique d’entraînement (en discuter avec son entraîneur).

– ne courir que sur du plat

– ne courir que sur du « dur »

– courir sans échauffement

– ne pas faire de préparation avant l’entraînement

– problème engendré par un échauffement trop violent ou inadapté

– mauvaises gestions des appuis

– fatigue des pieds engendrées par du surentraînement

– etc.

 Si ces premières causes sont éliminées, prendre rendez-vous un podologue (sportif).

Attention, consulter un podologue s’inscrit souvent dans une démarche durable car régler un problème des pieds peut déplacer le problème…

Daniel Benjamin, Podologue sportif rapporte ce propos : « Un de mes patients était victime de l’épine calcanéenne. Il lui fait ses semelles, tout va bien, puis il revient me voir un mois et demi plus tard, il me dit c’est génial, je n’ai plus mal au pied, par contre, j’ai super mal au genou quand je cours maintenant.

Du coup je le fais courir avec les compensations que je lui avais mises, et justement il avait une foulée trop supinatrice pour ses genoux, comme il avait les pieds plats c’était des semelles on va dire supinatrices, pour essayer de compenser le fait que son pied s’affaisse et éviter qu’il tire sur son aponévrose plantaire, et donc du coup ça faisait basculer son genou de manière trop importante vers l’extérieur, et il s’est retrouvé avec le syndrome de l’essuie-glace, du coup tu es obligé de retoucher tes semelles, réduire un petit peu les corrections, mettre des contrepieds pour éviter que ça aille trop loin, bon après ça rentre dans l’ordre, mais des fois, en mettant trop de compensations à des endroits tu crées des problèmes ailleurs, il faut bien rectifier ça ensuite ».

 

N’écoutez pas les sirènes !

Méfiez-vous des solutions « miracles » :

– Des ventes sur Internet de talonnettes (sans recommandation d’un podologue)

– Des promotions commerciales discutables de certaines marques de chaussure pour régler tel type de déformation du pied.

– Des solutions sur les blogs qui peuvent être pertinentes pour un individu dans un contexte donné et dangereux pour d’autres individus dans ce même contexte.

 

En conclusion

De deux choses l’une :

– Une pathologie engendrée par une déformation des pieds peut être traitée de manière assez simple par un changement de chaussure ou de pratique d’entraînement et de compétition.

– Ou bien une analyse précise clinique et radiologique sera conduite par un podologue. Elle impliquera en particulier une évaluation fonctionnelle de la course sur un tapis roulant, c’est-à-dire qu’elle établira une corrélation entre les pieds et la mécanique de la foulée et d’autres paramètres physiques.

Dans cette seconde hypothèse, les mesures de correction peuvent être longues et difficiles à établir mais cela vaut mieux que de céder à la tentation de remèdes miracles « rapides » non dépourvus de danger ou de conséquences aggravantes.

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