Athlétisme : quelle jouissance ?

Athlétisme : quelle jouissance ?

Cette tribune répond à une question posée par un athlète, mercredi soir, en rentrant au stade Léo Lagrange, après l’entraînement.

Comme tous les athlètes d’ACF le savent, la course à pied donne à certains moments une sensation de bien-être. Pour certains, course à pied rime avec liberté, liberté d’avancer à son rythme, de choisir son chemin. Pour d’autres, c’est la découverte des grands espaces, la beauté des paysages ou encore le plaisir de l’effort, de la performance.

En dehors du plaisir général de courir, il existe des circonstances où chacun sent monter en lui une forme de jouissance, comme au milieu d’une séance de VMA, au milieu d’une compétition ou bien après l’effort.

Cette sensation est engendrée par des endorphines libérées par le cerveau. Il faut savoir que cette hormone possède une structure proche de celle des opiacés. Or, les opiacés sont des substances dérivées (au sens large) de l’opium.

Est-ce que ces endorphines sont libérées chaque fois que l’on fait du sport ?

Non, l’activité sportive doit être effectué à un niveau suffisamment élevé de sa fréquence cardiaque, et ce pendant une durée suffisante.

 

A) Les endorphines aux effets bénéfiques

Comme le rapporte très bien Bruno Chauzi dans sa contribution « Endorphine hormone du plaisir pour le sportif », les endorphines sont en effet bénéfiques dans de nombreux domaines (extraits) :

– Euphorique : cet état particulier est décrit par les sportifs comme un moment d’euphorie, de spiritualité, de puissance, de grâce, de déplacement sans effort, de vision momentanée de la perfection, de flottement dans l’irréel. Cet état persiste après l’arrêt.

– Anxiolytique : dans certaine limite, les sportifs réguliers sont moins sujets au stress, angoisse, anxiété et dépression que les non sportifs mais les endorphines ne sont pas les seules impliquées. Il existe en effet d’autres neuromédiateurs, notamment la sérotonine, qui exercent également un rôle actif contre la dépression.

– Antalgique : tout comme la morphine, largement utilisée en médecine pour ses effets antalgiques contre les douleurs rebelles, les endorphines possèdent les mêmes propriétés. Elles agissent de façon identique, en se fixant sur des récepteurs spécifiques qui bloquent la transmission des signaux douloureux et réduisent la sensation de douleur.

– Anti-fatigue : Pour permettre à l’organisme de s’adapter à cette situation de stress inhérent à l’activité physique intense, les endorphines modèrent les fonctions cardiaque et respiratoire. Autrement dit, elles limitent l’essoufflement à l’effort et l’épuisement.

 

B) Les endorphines et les illusions

Il ne faut pas confondre : avoir de bonnes sensations (résultante d’une bonne préparation, les semaines précédentes) et se sentir « pousser des ailes » par les endorphines.

Les effets bénéfiques des endorphines peuvent en effet fausser la lucidité des athlètes lors des compétitions.

Prenons un exemple que connaissent bien les adeptes du marathon de Paris.

Les sensations de bien-être dans l’euphorie du départ lors des deux premiers kilomètres (en légère descente), les sensations de plénitude aux environs du 7ème km (bonne régulation physiologique) et aux environs du 20ème km (faux plats descendants, avenue de Gravelle) ont tendance à nous faire accélérer. Or toute accélération (exagérée) se paye dans la seconde moitié du parcours.

En d’autres termes, les endorphines sécrétées lors des compétitions (dans la première moitié des épreuves) peuvent nous donner l’illusion d’une forme exceptionnelle nous permettant d’augmenter les allures, ce qui peut se révéler une erreur fatale qui se paye dans la seconde moitié de l’épreuve.

Conclusion 

Lorsque les endorphines sont libérées, il ne faut pas accélérer. Il faut profiter de ces moments d’aisance pour travailler ses appuis, calmer sa respiration, fluidifier sa foulée, c’est-à-dire s’économiser pour anticiper les passages plus difficiles (mur du marathonien, fin d’épreuve, etc.)

 

C) Les endorphines et les dangers

– Masquer les signaux : l’effet antalgique des endorphines peut masquer des signaux comme ceux produits par des douleurs coronariennes ou d’infarctus.

– L’addiction : certains athlètes s’entraînent de manière irraisonnée ou participent à trop de compétitions. Ils sont victimes d’un phénomène d’accoutumance. Pour ressentir cet effet de plaisir, ils ont besoin d’une dose quotidienne d’endorphine de plus en plus forte. Cette accoutumance peut avoir des conséquences dramatiques : fractures, fragilisation des articulations ou encore insomnies… sans compter un vieillissement prématuré du cœur et des artères.

 

Conclusion

Le bonheur est dans la course… à condition d’être raisonnable, pour pouvoir en profiter souvent et longtemps sans contrepartie désagréable !

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